Comment penser la Côte d’Ivoire – 2ème partie

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Comment penser la Côte d’Ivoire – 2ème partie

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Nous avons situé le contexte dans la 1ère partie mais nous le rappelons: Ce texte a été présenté et récompensé en obtenant la 3ème place du Concours Véronique Tadjo “Penser la CI en 2020

Commandement #6 : Tu ne t’attaqueras pas à la personne des candidats ou des adversaires politiques aussi bien verbalement que physiquement mais tu combattras leurs arguments et seulement que leurs arguments.

“Ce candidat ne peut pas nous gouverner parce qu’il a divorcé. Quelqu’un qui ne sait pas gérer son foyer au point de divorcer ne peut prétendre gérer tout un peuple. En plus c’est un métis, il pourrait faire la politique de son second pays puisqu’il est plus proche d’eux par ses origines.”

Il s’agit d’une attaque personnelle qui n’a rien à faire dans un débat politique. On ne peut pas reprocher à un candidat d’être petit, grand de taille, obèse, mince, noir, clair de peau, métis, et s’en servir comme arguments. Il s’agit généralement de propos dont le but est de déstabiliser l’adversaire et qui montrent que la personne qui les utilise n’a pas d’arguments solides pour défendre ses idées d’où l’utilisation d’attaques personnelles.

Commandement #7 : Tu ne penseras pas que la situation actuelle n’est pas améliorable

“Je préfère voter pour celui qui est là. Même si ce n’est pas forcément bon à tous les niveaux, au moins on sait à qui on a affaire et on ne sera pas surpris par un autre qu’on ne connaît pas. En plus ce sont tous les mêmes en ce qui concerne les pratiques. ”

Pourquoi doit-on changer? C’est la question que se posent certains électeurs pensant que même si tout n’est pas parfait avec celui-ci, il est préférable que les choses restent ainsi plutôt que d’essayer avec une autre personne et d’aller au-devant de grandes désillusions. Cet état d’immobilisme présente bien la peur que nous avons lorsque nous faisons face à l’avenir, à des situations de changement. Cette peur du risque est normale mais ne doit pas devenir handicapante.

En conséquence, les personnes préfèrent que les choses restent à l’identique ou évoluent le moins possible si l’on ne peut faire autrement. Elles préfèrent minimiser les pertes que prendre des risques pour gagner plus. C’est le biais de statu quo et il est contraire à la marche du monde car le monde change, il évolue. Et ne dit-on pas que qui ne risque rien, n’a rien?

Commandement #8 : Tu ne voteras pas par habitude ou par héritage

“Chez nous on a toujours voté comme ça. Mes grands-parents votaient pour ce parti, mes parents ont également voté pour ce parti politique et moi aussi je suis obligé de voter pour ce parti. Le candidat que le parti va choisir, je voterai pour lui”.

Cette manière d’aborder les élections part sur un principe fallacieux qu’un évènement ou un fait qui s’est toujours présenté d’une certaine manière, l’est parce que c’est la meilleure manière de faire. Et si d’autres l’ont fait, il n’est pas possible de faire autrement. C’est un appel à la tradition.

Commandement #9 : Tu ne te laisseras pas intimider par les discours utilisant la peur

“Nous sommes les seuls à pouvoir maintenir la paix et la stabilité dans ce pays, c’est pour cela qu’il faut voter pour nous”.

Le véritable pouvoir appartient au peuple et c’est le peuple qui est le garant de la paix. Lui faire croire le contraire, c’est le pousser à avoir peur. La peur est ainsi utilisée pour servir d’argument à celui qui véhicule le message. Il ne peut expliquer les liens de causalité liés à cette peur ni en donner des preuves. La peur sert à empêcher de prendre du recul et de faire preuve d’esprit critique. La crainte entraîne des prises de décisions se basant sur des émotions.

Commandement #10 : Tu n’accorderas pas ton vote à une personne parce qu’elle est riche

“Avant de se présenter comme candidat, il était déjà riche. Donc pour le critiquer, il faudrait chercher à faire autant que lui et atteindre son niveau de richesse. En plus, c’est préférable de mettre à la tête du pays quelqu’un qui est riche ainsi il ne cherchera pas à s’enrichir.”

Il est commun de croire que ce sont les personnes les plus talentueuses qui s’enrichissent alors que la richesse d’un individu peut se justifier de différentes façons: une agilité dans les affaires, une opportunité saisie, de la chance, un héritage, des prévarications et diverses concussions, etc. Cet argument fallacieux du “plus riche doit diriger” permet la mise en place de ploutocratie, ce gouvernement des riches dont la première étape est l’instauration de caution comme filtre des candidatures à la magistrature suprême.

Si nous nous basons sur ces commandements pour aborder la période électorale et pour choisir la personne à porter à la tête du pays, assurément nous limiterons les erreurs de casting et nous éviterons surtout de nous diviser et de nous battre pour des raisons fallacieuses.

Crédit photo : Image par Charles Nambasi de Pixabay

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