Libéria ou l’hégémonie d’un peuple éprouvé

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Libéria ou l’hégémonie d’un peuple éprouvé

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Lorsqu’on a été victime de sévices ou de maltraitance, à votre avis comment réagit-on ? ou plutôt, comment devrait-on réagir ?

Il ne s’agit pas d’un cours d’histoire mais les informations que je vais vous donner me semblent importantes.
Tout a commencé par une discussion. Ça commence généralement ainsi. Avec des amis, on parlait de l’hégémonie occidentale, arabe et asiatique. Ce n’était pas de la victimisation mais nous avions fini par nous demander si des africains subsahariens avaient tenté d’imposer leur culture à d’autres peuples. Dans un passé récent, j’avais du mal à avoir des exemples quand l’histoire du Liberia m’est revenue en tête.
Et si je vous la racontais?

Il y a environ 2 siècles, en 1817 est créé aux États-Unis l’American Colonization Society. Cette association se disait philanthropique. Elle avait pour but selon elle était d’aider les victimes de la traite transatlantique communément appelée “traite négrière” et leurs descendants à rejoindre l’Afrique. Son véritable objectif était plutôt de réduire le nombre des personnes noires aux États-Unis en organisant une émigration vers l’Afrique. Elle a ainsi permis l’émigration de 13 000 personnes. Les pratiques de cette organisation ont été dénoncées par des institutions dont l’organisation antiesclavagiste : l’American Anti-Slavery Society.

L’American Colonization Society parvint à convaincre des esclaves américains affranchis dont plusieurs étaient les enfants métis de propriétaires blancs. Ces derniers décidèrent de partir en Afrique dans le cadre d’un mouvement abolitionniste de retour vers la “terre natale“.

En 1820 à New-York, elle fit appareiller le bateau “Mayflower of Liberia” afin qu’il se rende en l’Afrique de l’Ouest. Le 9 mars 1820, 88 migrants noirs et 3 employés blancs de l’American Colonization Society accostèrent à Sherbro Island en Sierra Leone actuel.

Dès leur arrivée, ils firent face à des conditions difficiles et souffrirent de lourdes pertes dues au paludisme (malaria) et à la fièvre jaune. Les survivants rejoignirent Providence Island sur le site actuel de la ville de Monrovia où la société racheta des terres.  

La colonie baptisa cette nouvelle terre “Liberia”, véritable terre de liberté pour ces ex-esclaves. En 1824, la capitale de ce nouvel État est baptisé “Monrovia” en l’honneur de James Monroe, 5ème président des Etats-Unis. En 1847, elle devient une république indépendante, la plus ancienne d’Afrique noire.

Joseph Jenkins Roberts, qui avait été le 1er gouverneur noir de la colonie, fut élu président.

Cette république est fondée en s’inspirant du système politique américain. Les liens forts avec les Etats-Unis leur font adopter un drapeau presque similaire à celui des Etats-Unis mais avec une seule étoile, leur monnaie est le dollar libérien et la langue officielle est bien sûre l’anglais. Des marchés comme celui du caoutchouc sont attribués aux entreprises américaines. Une sorte de syndrome de Stockholm

Ils vont jusqu’à instituer leur propre forme de ségrégation avec d’un côté les Américano-Libériens et de l’autre côté les populations locales.

Il faut dire que dès le départ les relations avec les populations locales étaient compliquées. De nombreux affrontements éclatèrent pendant la colonisation. Les terres sont arrachées aux autochtones et une démocratie à deux vitesses est instaurée. 

Le vote censitaire c’est-à-dire que seules les personnes payant les impôts ont le droit de vote permet aux Américano-Libériens de conserver le pouvoir. 

Ceux-ci reproduisirent le système de domination dont ils avaient été victimes aux Etats-Unis.
Au début des années 1930, la SDN (Société des Nations Unies) accuse même les Américano-Libériens, devenus grands propriétaires fonciers, de pratiques proches de l’esclavage envers les populations autochtones.

La population locale était contrainte au travail forcé pour le compte des Américano-Libériens et pour des entreprises de caoutchouc.
Il faut attendre 1904 pour que la nationalité Libérienne soit accordée aux populations locales et cette population locale n’aura le droit de vote qu’en 1945, soit près d’un siècle après l’indépendance du pays.

Les président successifs menèrent des politiques économiques et sociales qui aggravèrent le clivage entre population autochtone et population allochtone. Le parti unique True Whig party composé d’Américano-Libériens était le seul qui avait le droit d’exister.

C’est dans ce climat que Samuel Doe, un autochtone accède au pouvoir par un coup d’Etat en 1980. Il est le 1er autochtone a accéder au pouvoir au Liberia. La suite, on la connaît… un guerre qui a fait plus de 150 000 morts, de nombreux viols et des mutilisations.
Georges Weah en devenant président est le 2nd président libérien autochtone.

L’histoire du Liberia m’a fait comprendre que l’hégémonie d’un peuple n’est pas liée à la couleur de sa peau….

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