Toute une histoire pour des cheveux

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Toute une histoire pour des cheveux

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Je ne réagis pas souvent à l’actualité mais un sujet a attiré mon attention au cours de cette 2ème semaine du mois d’avril 2019. Avec la photo d’illustration vous comprenez peut-être de quoi je vais parler. Vous ne voyez pas? Je vous fais un résumé pour faire simple: une éducatrice du Collège Notre-dame du Plateau pour sanctionner une élève qui avait des cheveux qu’elle jugeait trop longs et se sentant légitime, les lui a coupé. Le père en colère a posté la photo sur un forum connu et depuis lors, les commentaires vont bon train.

Mais d’où vient cette pratique d’avoir les cheveux coupés?

Il n’existe aucune source officielle expliquant les raisons qui pourraient justifier la coupe des cheveux en particulier des filles. (Mais au fait qui a décidé qu’il est naturel que les garçons aient les cheveux coupés? Pourquoi personne ne s’en plaint?)
Pour revenir à nos demoiselles, les cheveux coupés courts auraient pour raisons officieuses le fait que les sœurs catholiques européennes pendant les périodes post-coloniales et dans les établissements ne sachant pas comment entretenir les cheveux crépus des fillettes auraient décidé de les couper. Ainsi on réglait radicalement le problème de l’entretien des cheveux.
Une autre raison tient dans le fait que la coupe de cheveux permettrait une meilleure intégration des élèves; celles-ci ne peuvent déjà pas se définir socialement en fonction des vêtements puisqu’elles portent l’uniforme qui gomme ainsi la distinction sociale qu’auraient pu mettre en avant des marques vestimentaires de grands couturirs. Cela permettrait donc d’éviter l’exclusion ou la non intégration des élèves n’ayant pas les moyens de se coiffer et de suivre la mode. On peut aussi citer le fait qu’une coiffure similaire pour toutes les filles évite les mises en avant de signes religieux puisque l’école se veut laïque même lorsqu’elle est confessionnelle.
Le dernier argument qui ressort est celui du gain de temps. Les filles gagneraient du temps avec des cheveux coupés courts et ces jeunes affecteraient leur temps au travail plutôt qu’à la coquetterie.
Ces raisons semblent nobles mais le zèle de certains professeurs ou éducateurs fait réagir au point où plusieurs parents crient leur indignation.

L’année dernière des parents d’élèves se sont rendus dans un établissement confessionnel (Notre de Dame de la Paix) de San Pedro en Côte d’Ivoire afin d’en découdre avec les enseignants et leur rendre la pareille: les tonser comme ils avaient tonsé ces fragiles bambins.
Depuis cet épisode, un déferlement de publications fusent et foisonnent et les questions et les arguments sont souvent les mêmes.

En quoi coiffer une fille améliorerait ses rendements scolaires? Une éducatrice est-elle légitime pour appliquer cette sanction?

Les réponses sont parfois les mêmes : Ma mère/mon provisieur ne m’a jamais coupé les cheveux pourtant je suis mariée et je travaille actuellement et j’ai toujours eu de bons résultats.
De l’autre côté les pro coupe de cheveux montrent que les écoles d’excellence en CI coupent les cheveux des filles et la plupart du temps elles ont de très bons résultats: mamie Adjoua, Sainte-Marie, etc.

Qui a raison?

En fait, tous les arguments sont bancals et boiteux.
Pourquoi?
Je le dis et je le répète depuis longtemps : L’EXPERIENCE PERSONNELLE N’EST PAS UNE PREUVE. UN TÉMOIGNAGE NON PLUS.
Maintenant que c’est dit, reprenons. Personne n’a tort ou raison parce que personne ne sait quelle incidence des cheveux coupés peuvent avoir sur les rendements scolaires d’une élève. Le rendement des filles de Ste Marie, de Mamie Adjoua, etc. ne saurait s’expliquer uniquement par les cheveux. Mais quelle part les cheveux peuvent avoir dans la bonne intégration d’une élève? Comment un cheveu + un uniforme peuvent gommer les différences sociales? Combien de temps une coupe de cheveux peut faire gagner à une fille? Et ce gain de temps impacte-t-il rééllement les résultats scolaires ?
Impossible de répondre à ces questions parce que personne ne s’est penché sur ces questions en essayant d’isoler chaque paramètre qui pourrait entrer en ligne de compte dans la réussite scolaire : niveau d’instruction des parents, suivi scolaire, environnement familial, lieu d’habitation, temps dans les transports, éventuellement coupe de cheveux, etc. donc de grâce évitez de faire de vos expériences personnelles ou des pratiques ancestrales des preuves (on me coupait les cheveux, on me laissait mes cheveux, on me battait, on criait sur moi, etc.). Cela prouve juste que la question n’est pas tranchée.
Pour ceux qui voudraient mener des réformes aux motifs que ces pratiques sont dépassées et inefficaces, assurez-vous réellement que les cheveux coupés n’ont aucun impact ou ont un impact dérisoire sur les résultats scolaires, il serait dommage de faire s’effondrer tout ce qui a été durement bâti.

Sur ce, ciao et au prochain débat… capillaire avec des arguments capillotracté

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